En écho à la notion de « parousie plurielle »: le texte du groupe Anastasis sur le « messianisme du trône vide »
Nous voulons assumer, nous, le messianisme du trône vide ! Article initialement publié le 25/03/2022 sur le site de La Croix Sur le marché des candidats à l’élection présidentielle, chacun se vend comme étant individuellement le plus capable de relever la France et se veut être la personnalité providentielle dont nous avons besoin. Si une telle personnalisation est sans aucun doute une aliénation de notre vie politique en tant que peuple, c’est aussi une aliénation de notre foi dans le Messie. On s’est habitués, en effet, à parler de « messianisme » pour désigner l’attente d’un homme politique qui serait un sauveur. Messie voudrait ainsi dire, en théologie comme en politique, figure individuelle capable par sa puissance propre de sauver le peuple. De fait, une certaine tradition conçoit le théologique comme fondement et légitimation des pouvoirs humains et fait de la figure messianique le modèle de la figure politique du chef. Un seul Messie Une première objection à cette tendance des politiques à se prendre pour des messies pourrait être de rappeler qu’il n’y a qu’un seul sauveur (1 Tm 2, 5), un seul Messie : Jésus de Nazareth. S’insurgeant ainsi contre la prétention messianique du politique, on pourrait remettre à leur place les candidats se rêvant sous les traits du sauveur. Cette critique ne nous semble cependant pas suffisante en ce qu’elle se contente d’opérer une distinction des domaines. Tandis que le Messie nous sauverait religieusement, qu’il sauverait nos âmes par sa puissance, la politique aurait à gérer nos vies, à organiser la coexistence des corps. Le problème nous semble alors qu’en dénonçant la prétention messianique des politiques, on abolit du même coup la portée politique du Messie Jésus, de sorte que notre foi se trouve privée de tout rôle en dehors d’une étroite sphère spiritualo-individuelle. Le Père seul a autorité Nous voudrions, en relisant quelques pages des Actes des apôtres, non pas refuser l’idée d’un messianisme politique, mais penser, à partir de la manière dont Jésus est le Messie, une tout autre efficience politique du messianisme. Les Actes des apôtres s’ouvrent en effet sur cette question posée au Messie ressuscité : « Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer ta royauté en Israël ? » (Ac 1, 6). Les apôtres attendaient en effet que Jésus, en tant que Messie, soit celui qui aurait la force de libérer Israël de l’envahisseur romain. Or, Jésus se contente d’une réponse énigmatique : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés dans sa seule autorité » (Ac 1, 7). Ils espéraient qu’il possède, lui, individuellement, l’autorité ; il répond que le Père seul a autorité et se dépossède ainsi de tout pouvoir. Messie à la manière du Nazaréen ne signifie donc manifestement pas homme providentiel capable de nous sauver par sa puissance propre. La réponse de Jésus ne s’arrête cependant pas à ce paradoxe d’un messie non-puissant. Avant d’être élevé et de disparaître dans une nuée (Ac 1, 9), il enjoint à ses disciples de « recevoir une force, celle de l’Esprit Saint…